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Pathé, l’industriel du cinéma
Charles Pathé avait 2 ans lorsque ses parents vinrent s’installer à Vincennes. En 1894, Charles Pathé découvre le phonographe Edison à la foire de Vincennes ; il s’en procure un et décide de l’exploiter à son tour sur les foires. Enivré par le succès, il loue en 1895 une boutique au 72 Cours de Vincennes, puis se rend fréquemment à Londres pour acheter des contrefaçons de phonographes et de kinétoscopes Edison, qu’il revend en France, avec une forte marge. Il enregistre son premier film « Le bain d’une mondaine » qui sera présenté dans le Kinétoscope en octobre 1895. Le kinétoscope est à vision individuelle et comme Méliès, Pathé est fasciné par la projection publique du 28 décembre 1895. Il perçoit l’intérêt commercial du cinématographe. C’est en 1896, qu’il fonde avec ses frères la Société Pathé Frères et installa les ateliers destinés à imprimer les films positifs, au n°1 de l’avenue du Polygone à Vincennes. Puis la société Pathé frères s’étoffant, de véritables studios furent construits rue du Bois (rue Anatole-France) à Vincennes. Charles Pathé, l’un des premiers industriels du cinéma installe des studios au 52 de la rue du Sergent Bobillot à Montreuil. Il distribue avant la guerre de 1914 les films de Méliès. Il prend comme emblème le coq chantant avec la mention « Je chante haut et clair » en référence au chien « la voix de son maître ». Dans son atelier de Vincennes, Charles Pathé tire des films positifs à partir de négatifs qui sont achetés. Ce commerce très lucratif lui permet de racheter l’immeuble dans lequel est installé l’atelier qui est transformé en une véritable usine avec ateliers de tirage, de développement et de perforation (des bandes vierges achetées à l’américain Eastman). Pathé construit les appareils d’enregistrement et de projection et produit ses propres films (jusqu’à 300 en 1901). En 1900, la compagnie de Charles Pathé devient la « Compagnie Générale de phonographes, cinématographe et appareils de précision ». L’ancien studio de Montreuil, édifié en 1904, est le dernier survivant des « théâtres de prises de vues » des premiers temps du cinéma. Pas moins de 1500 films, dont les premiers longs métrages expressionnistes, seront tournés dans ce studio à Montreuil. Classé Monument historique, l’endroit accueille aujourd’hui une Académie internationale des arts du spectacle et des ateliers d’expression artistique. Vers 1904, Pathé distribue 30 à 50% des films projetés en Europe et aux États-Unis En 1906, Charles Pathé se lança dans la fabrication industrielle de films vierges. Il crée les laboratoires de Joinville et fonde la "Cité du Film" dans l’ancien village de Vincennes. Il fit construire rue des Vignerons à Vincennes une vaste usine conçue par l’architecte vincennois Georges Malo. Le 4 mai 1897, l’incendie du Bazar de la Charité, va profondément marquer Charles Pathé. En effet la lampe à éther d’un projecteur Joly-Normand (Joly était un ex collaborateur de Charles Pathé) enflamma les films celluloïd qui embrasèrent les tentures, le voilage et le décor de la salle entraînant la mort de 135 personnes. Par peur des incendies, il décide de diversifier ses lieux de production. Il trouve à Joinville un vaste terrain vide près du pont, proche de Paris et de Vincennes. Dès 1906, l’usine de Joinville est chargée de perforer les bandes de films vierges, de les impressionner avec les négatifs réalisés à Vincennes, de les développer, fixer, laver et sécher et enfin de les expédier. L’usine de Joinville (dont certains bâtiments sont des constructions Eiffel) englobera les ateliers de traitement et les ateliers de fabrication des appareils Pathé-Baby et Pathé-Rural. Aujourd’hui, se trouve une cité du cinéma, quai Gabriel Péri à Joinville, regroupant de nombreuses sociétés spécialisées dans la post-production et le numérique et travaillant en collaboration avec les studios de production de Bry-sur-Marne, autrefois implantés à Joinville. C’est donc naturellement que plusieurs d’entre elles comme les Auditoriums de Joinville ou GTC se sont manifestées. Les bandes de films vierges Eastman importées des Etats Unis sont perforées, impressionnées et développées à Joinville avec les négatifs réalisés à Vincennes. 265 films sortent des usines Pathé quotidiennement. Une nouvelle usine est construite à Vincennes pour la fabrication de films vierges qui détrônera en Europe le monopole détenu par l’américain. En 1914 la production quotidienne de pellicule était de 100 000 mètres. Elle doubla dans les années 1920. En 1909 il convint le congrès des éditeurs de films de Paris de renoncer à la vente des films pour la remplacer par la location. Cette nouvelle réglementation va faire la part belle aux industriels tels que Charles Pathé ou Léon Gaumont. En revanche elle va déposséder Méliès de sa clientèle foraine contrainte de louer les films. Méliès, concurrencé par Pathé depuis le début du 20ème siècle ne pourra assurer une production suffisante pour assurer la survie de son studio. Lâché par ses banquiers, la situation financière de la Star Film va se dégrader jusqu’à l’arrêt de la production et le licenciement de son personnel de Montreuil sur Seine en 1910. Le théâtre Robert-Houdin périclite. Entraînée par la gestion calamiteuse de la filiale américaine gérée par Gaston, la Star Film fait faillite en 1923 ; ses derniers actifs sont saisis et mis aux enchères. En 1911, pour se rapprocher de l’usine, il s’installa dans une grande maison bourgeoise, rue de la Villa (rue Franklin-Roosevelt) à Vincennes. Charles Pathé fit de Vincennes pendant les quelques années qui précédèrent la Première Guerre mondiale, la capitale mondiale du cinéma. La maison Pathé, véritable ville dans la ville, en rythma longtemps l’existence par ses sifflets et ses sirènes qui vidaient et remplissaient les cafés au rythme des équipes. Deux cents succursales ou filiales sont créées dans le monde entier. Celles-ci sont tenues d’acheter l’intégralité de la production des films Pathé et de les diffuser. En 1909 il lance un hebdomadaire cinématographique, le « Pathé Journal » puis le « Pathé News » en Angleterre et aux USA. A la même époque il lance la série de films comiques de Max Linder qui connaissent un immense succès. En 1912 il créé le système Pathé KOk destiné aux particuliers. Une pellicule de 28 mm est utilisée à la place de la 35 mm de Eastman. Le brevet fut peu exploité, la pellicule et l’appareil étant trop cher pour les amateurs. En 1922, il s’attaque à nouveau au marché des particuliers en lançant le Pathé Baby. Cette fois c’est un véritable succès ! Les films de 9,5 mm à perforation centrale étaient 75% moins cher que la pellicule 28 ou 35 mm. A Joinville, 300 personnes travaillaient pour la « Société Française du Pathé Baby » En 1928 il lance le Pathé Rural. Il est destiné aux salles de peu de moyen, aux établissements scolaires ainsi qu’aux patronages catholiques. Mais le format du film, 17,5 mm, n’est pas encouragé par l’état français qui recommande le 16mm de Kodak. Le Pathé Rural est un demi échec. Se rendant compte de la suprématie du cinéma américain et de l’implantation des cinématographies nationales en Europe, Charles Pathé va se désengager de ses différentes sociétés à partir des années 1920 tout en restant administrateur ou conseiller de différentes sociétés ne lui appartenant plus mais portant toujours son nom. Il va même jusqu’à vendre sa société de fabrication de films vierges de Vincennes à … George Eastman en 1927. La nouvelle société s’appelle Kodak-Pathé. En 1930, Charles Pathé cède ses dernières participations à un passionné de cinéma, Bernard Natan, pour se retirer définitivement des affaires cinématographiques. En 1939, les effectifs sont de 500 personnes et l’usine produit annuellement 15 millions de mètres de films 35 mm et 10 millions de mètres en 9,5 mm. Le site comprend des ateliers de développement, de tirage, de montage, de titrage, des salles de projection, des ateliers de constructions mécaniques, des bureaux d’étude… La fusion des laboratoires Pathé et Gaumont a lieu en 1947. Ensemble, ils forment la GTC (Société Générale de Travaux Cinématographiques). Elle développe les rushes négatifs tournés dans les studios voisins ou à l’extérieur. Chaque semaine, GTC tire les quelques 350 copies des « Actualités Pathé ». Chaque mois, ce sont 1 million et demi de mètres de pellicules qui sont produits par l’usine GTC soit 20 000 km de films par an, un demi tour de la terre ! GTC assure également des trucages de laboratoire et la réalisation des « effets spéciaux » (textes des génériques et bandes annonce.) |