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Nathan, dans la continuité de Pathé
Bernard Natan va tenter de reconstituer l’empire Pathé. Il acquiert un circuit de plus de 60 salles en France et en Belgique auxquelles il va associer une centaine de salles. Il rachète les 7 studios de Joinville et l’appareil de distribution de Pathé Consortium. De plus il construit à Joinville deux nouveaux studios. Il relance la production des films « parlants », Charles Pathé et les professionnels français ne croyaient pas à cette nouveauté, les films sonores français étaient tournés pour la plus part en Angleterre… Il acquiert le procédé de sonorisation de RKO dont il deviendra le distributeur en France. Il produira ou coproduira plus de cent films entre la fin 1929 et 1935 : Les Croix de bois, Les Misérables, Le Roi des resquilleurs, Amok, L’Équipage, la Croisière jaune (avec André Citroën) etc. Il développe le Pathé Rural, qui deviendra également parlant, la production de films éducatifs et s’efforcera d’être présent dans tous les domaines de l’industrie cinématographique. Le premier film sonore français de Pathé-Natan est " Chiqué " de Pierre Colombier. Joinville devient une des capitales du 7ème art. De grands réalisateurs - Jean Renoir, Julien Duvivier, René Clair, Marcel Carné, Jacques Becker, etc. - y tournent bon nombre de leurs chefs-d’oeuvre : La Règle du Jeu, La Belle Equipe, Pépé le Moko, A nous la Liberté, Casque d’or, etc. Les grands artistes comme Jean Gabin, Gaby Morlay, Charles Vanel ou Renée Saint-Cyr sont engagés à l’année. Il va acquérir les brevets « Baird » de télévision et ceux du professeur Henri Chrétien : l’hypergonar qui deviendra le cinémascope… Il relance le Pathé Journal, créé en 1908 par Pathé et abandonné en 1926. Bernard Natan est sur tous les fronts, en dix huit mois, « Pathé Cinéma », renommé « Pathé Natan » est devenu la plus importante firme cinématographique française, loin devant la GFFA (Gaumont). Pour financer ces réalisations, il sera amené à augmenter considérablement le capital de la Société qui passera de 54 millions à 160 millions (dont cinquante ne seront jamais souscrites malgré les promesses des banquiers). Il va créer pour financer l’acquisition des salles cent millions d’obligations (là aussi, il n’y aura que cinquante millions de souscrits). La crise économique arrivée en France en 1932 et la suprématie des films américains entraîneront la déconfiture de la plupart des sociétés cinématographiques françaises. Pathé Natan résiste mais subit les contrecoups de la crise, aggravés par une campagne de presse qui débutera dès 1931. Il subit une campagne de presse violemment xénophobe puis antisémite à partir de 1934. Certains prétendent que ces campagnes sont initiées par un « syndicat » de banquiers et d’industriels qui désirent acquérir les actifs de Pathé. En 1935, la « Société de gérance des Établissements Pathé » (qui possède les salles de cinéma) est déclarée en faillite et par extension la Société Pathé Cinéma qui est caution. En réalité, l’activité de la Société se poursuit normalement (en dehors de la production de films qu’une société déclarée en faillite n’a pas le droit d’assumer). Au bout de deux ans, les syndics publient leur rapport d’activités : ils précisent qu’ils ont pu continuer l’activité sans aucun appel de fonds extérieurs et que les résultats des deux ans d’activités sont bénéficiaires. Bernard Natan et son frère Émile Natan avaient repris dès 1936 sur des bases plus modestes leurs activités dans l’industrie cinématographique. Émile Natan a créé la « Société les Films modernes » qui produisent deux films par an en moyenne (Le Roi, Mayerling etc.). Bernard Natan a acquis la gérance des anciens studios Paramount de Saint-Maurice et assume la coproduction des films tournés dans ces studios. Mais fin décembre 1938, Bernard Natan est arrêté. Immédiatement une campagne de presse d’information stigmatise l’ « évadé des ghettos » qui a ruiné l’entreprise initiée par de « bons français ». Il est condamné à quatre ans de prison, porté à cinq ans en appel (le maximum prévu par la loi) On annonce un nouveau procès qui pourra enfin révéler les « détournements fantastiques » effectués par Natan et qui auraient ruiné une société prospère. Ce procès aura lieu sous l’Occupation et donnera lieu à une nouvelle campagne de calomnies et d’affirmations que rien ne vient étayer. Bernard Natan sera déchu de la nationalité française, ce qui facilitera sa livraison aux allemands qui le déporteront à Auschwitz le 23 septembre 1942. Il y mourra, vraisemblablement en octobre 1942. |